13 juillet - Le 7 août 1995, Mumia Abu-Jamal s'est vu accorder un sursis, dix jours avant la date prévue de son exécution. Ce qui a arrêté la main des bourreaux d'Etat, ce fut une campagne internationale de protestation mobilisant de larges couches du mouvement ouvrier, des partisans des libertés civiles, des militants de gauche et des jeunes, ainsi que plusieurs chefs d'Etat dont Nelson Mandela et le Président français Jacques Chirac.
Au moment où la décision de l'exécution a été levée, Jamal et l'équipe d'avocats qui le défendait étaient au coeur d'une bataille dans le tribunal du fameux "juge lyncheur" Albert Sabo, pour casser la condamnation à mort de Jamal, montée de toutes pièces, pour le meurtre en 1981 de Daniel Faulkner, officier de police à Philadelphie. Sabo, qui a présidé le "procès" de Jamal à l'origine en 1982, a de façon prévisible rendu une décision allant contre l'appel de Jamal, dans un document long de 154 pages paru le 15 septembre 1995, quatre jours seulement après la dernière plaidoirie faite lors des audiences d'appel. De nouvelles preuves de l'innocence de Jamal et d'irrégularités de la part de l'accusation, présentées lors de deux audiences en appel ultérieures ont également été rejetées par Sabo dans des décisions qui reprenaient quasi mot pour mot les arguments montés de toutes pièces par l'accusation. L'appel de Jamal se trouve maintenant devant la Cour suprême de Pennsylvanie.
Avec la décision de la Cour suprême qui doit être rendue d'un moment à l'autre, les forces sinistres qui veulent réduire au silence pour toujours celui qui est connu comme "la voix des sans-voix" pour ses dénonciations virulentes de la brutalité raciste du capitalisme américain, remontent une nouvelle fois leur campagne pour la mort de Jamal. Le 14 juin, des membres d'une association de policiers américains, le Fraternal Order of Police (FOP), et d'autres qui veulent la mort de Jamal ont acheté une pleine page de publicité en dernière page de l'édition du dimanche du New York Times, dans la section "Week in review", réclamant à cor et à cri l'exécution de Jamal. Comme Léonard Weinglass, qui dirige l'équipe des avocats de Jamal, l'a écrit dans une lettre de réponse que le Times a refusé de publier: "Puisque cette publicité sinistre ne fait que répéter de vieilles fables éculées, et ignore complètement les preuves présentées lors des appels de Jamal, on doit se poser la question, "Pourquoi maintenant?" La Cour suprême de l'Etat de Pennsylvanie est sur le point de rendre sa décision concernant l'appel de Jamal relatif au refus prévisible du juge Sabo d'ouvrir un nouveau procès pour Jamal. Le gouverneur de Pennsylvanie, Tom Ridge, qui a signé l'ordre d'exécution de Jamal en juin 1995, a juré qu'il ordonnerait une nouvelle fois l'exécution de Jamal si son appel était rejeté. Anticipant la possibilité d'une réédition des protestations massives qui avaient permis de sauver la vie de Jamal en août 1995, les partisans de la peine de mort et des autorités semblent maintenant plus déterminés que jamais à battre et à dévier la puissance de ce mouvement."
Tout au long de l'hiver et du printemps 1995, le Partisan Defense Committee a été à l'initiative de manifestations et rassemblements aux Etats-Unis et internationalement, pour mobiliser en faveur de Jamal. En août de cette année-là, quelques jours avant que l'ordre d'exécution ne soit suspendu, des manifestations de protestation initiées par le PDC, centrées sur le pouvoir de la classe ouvrière organisée, furent tenues dans de grandes villes, à travers tous les Etats-Unis. Ces manifestations étaient imprégnées de la compréhension que la puissance sociale de la classe ouvrière multiraciale doit être mobilisée pour la défense de Jamal et organisée selon des principes de défense non sectaire, et de front-unique. Maintenant dans cette phase de la lutte - la course cruciale contre la montre du bourreau et la lutte pour la liberté de Jamal - , notre tâche est avant tout d'apporter à la classe ouvrière internationale la conscience que le moyen de sortir de tout ce système d'injustice capitaliste et raciste est la lutte pour la révolution socialiste, au moyen d'un parti d'avant-garde prolétarien léniniste qui se batte en tant que tribun du peuple.
V.I. Lénine, dirigeant de la révolution ouvrière russe victorieuse de 1917, décrivait la nécessité d'un parti qui, comme le Parti bolchévique, soit capable de "composer un tableau d'ensemble de la violence policière et de l'exploitation capitaliste... pour expliquer à tous et à chacun la portée historique de la lutte émancipatrice du prolétariat". Le cas de Mumia Abu-Jamal fait plus que fournir un tel tableau de la violence policière, de la persécution et de l'impulsion au génocide que représente la barbarie institutionnalisée qu'est la peine de mort, qui se tient au sommet d'un appareil légal de répression raciste et d'injustice capitaliste aux Etats-Unis.
La brochure du PDC, The Frame-Up of Mumia Abu-Jamal [Le
procès truqué de Mumia Abu-Jamal], publiée peu
après qu'un ordre d'exécution contre Jamal eût
été signé en 1995, révèle
la parodie de justice qui a conduit cet homme innocent dans le
couloir de la mort. Comme le notait l'article central de la brochure,
l'argumentation montée de toutes pièces de l'accusation
reposait sur trois piliers: trois témoins oculaires qui
avaient identifié Mumia comme étant la seule personne
qui aurait pu tuer Faulkner; l'affirmation que Mumia avait
"avoué" le meurtre alors qu'il était étendu et
perdait son sang du fait de blessures quasi-mortelles à
l'hôpital ce soir-là; et que le pistolet de Mumia qui
avait été trouvé sur les lieux était
l'arme du crime. Les preuves et les témoins présents
aux audiences du Post-Conviction Relief Appeal (PCRA - appel
après condamnation) à l'été 1995 et
à deux audiences d'appel ultérieures ont parfaitement
établi que le dossier de l'accusation était un tissu de
mensonges extorqués par la contrainte policière
exercée sur les témoins et la dissimulation
systématique vis-à-vis de la défense de preuves
de l'innocence de Jamal.
La machination contre Mumia Abu-Jamal a commencé le 9 décembre 1981 vers 3h55 du matin, près du carrefour de la 13e rue et de Locust Street, à Philadelphie. L'officier de police Faulkner avait fait ranger sur le côté une VW conduite par le frère de Jamal, Billy Cook, qui transportait un autre passager. Le flic a commencé à tabasser Cook, et cela fut vu par Jamal qui conduisait un taxi dans le coin à ce moment-là. Jamal arrêta son taxi et s'approcha des lieux. Des coups de feu claquèrent, et quand la police arriva deux minutes plus tard, Faulkner fut trouvé blessé dans la rue, dans un état critique. Tout près, Jamal était affaissé au bord du trottoir, saignant abondamment d'une blessure par balle à la poitrine.
Sur les lieux, quatre témoins dirent à la police qu'ils avaient vu un homme noir fuir. La semaine suivante, un autre témoin fit la même déclaration à la police. Un de ces témoins a même rapporté à la police qu'il avait vu l'échange de coups de feu et qu'un troisième homme - ni Jamal, ni son frère - avait tiré sur l'officier de police et s'était enfui. Et pourtant la police a exercé des pressions sur la plupart de ces témoins pour qu'ils changent leur témoignage par des manipulations - y compris la promesse de faveurs - et par de la terreur pure, pendant que l'accusation supprimait toute preuve de l'innocence de Jamal et fournissait de fausses informations à la défense.
Aux audiences du PCRA de 1995, un des témoins oculaires, William Singletary, fut appelé par la défense pour témoigner. Singletary, vétéran du Vietnam décoré et commerçant à Philadelphie, fut trouvé sur les lieux quand la police arriva, dans la nuit du 9 décembre 1981. Aux audiences de 1995, ce fut Singletary qui témoigna qu'il avait vu un autre homme tirer sur le flic et s'enfuir. Singletary expliqua comment, après avoir clairement exposé ce qu'il avait vu aux détectives la nuit de la fusillade, il fut retenu pendant des heures au commissariat de police, où les flics jetèrent ou déchirèrent plusieurs fois les dépositions qu'ils n'approuvaient pas. Singletary témoigna que finalement un certain détective Green l'avertit qu'il devait "écrire ce qu'il voulait que j'écrive", et qu'ils m'amèneraient dans l'ascenseur et me passeraient à tabac". Finalement Singletary écrivit une fausse déposition niant qu'il avait vu l'échange de coups de feu. Ce fut cette déposition qui fut donnée à l'avocat de Jamal au procès de 1982, auquel Singletary ne fut pas convoqué pour témoigner. Aux audiences de 1995, Singletary dit qu'il avait été forcé d'abandonner son commerce à la suite d'un harcèlement constant de la police, de menaces et d'accidents suspects survenus dans sa station-essence. Finalement, la crainte de la police lui fit fuir la ville et il ne fut retrouvé par l'équipe de défense de Jamal que des années après.
Un autre témoin oculaire était Robert Chobert, un conducteur de taxi blanc qui avait dit à un inspecteur de police sur les lieux en 1981 que l'homme qui avait tiré sur le policier "s'était enfui". La même nuit, Chobert rapporta à la police que celui qui avait tiré pesait 110 kilos. Cela n'aurait pu être Jamal, qui pesait 85 kilos et qui fut trouvé par la police affaissé au bord du trottoir, saignant d'une blessure par balle, tirée par Faulkner. Quand il fut appelé à témoigner lors du procès de 1982, Chobert avait changé sa version des faits, et prétendait que Jamal était celui qui avait tiré. Pourquoi Chobert a-t-il changé son compte-rendu initial des faits, cela devint clair aux audiences faites en 1995, où il a témoigné qu'à l'époque des faits il conduisait un taxi sans licence, alors qu'il était toujours en liberté conditionnelle pour incendie criminel - précisément, pour avoir jeté un cocktail molotov sur une école primaire publique. Chobert a aussi admis que le procureur Joseph McGill lui avait promis de "voir ce qu'il pourrait faire" pour qu'il retrouve son permis de conduire. Dans les dix ans qui ont suivi, il a continué à conduire sans autorisation, sans être inquiété par la police.
Dessie Hightower, un jeune étudiant noir en comptabilité, a également déclaré à la police, sur les lieux, qu'il avait vu celui qui avait tiré s'éloigner en descendant Locust Street en courant. Deborah Kordansky a déclaré avoir vu le tireur courir exactement dans la même direction, de la fenêtre de son hôtel qui surplombait le coin de la 13e rue et de Locust. Plus tard dans la semaine après la fusillade, Veronica Jones, une prostituée qui était à un coin de rue de là, affirma à la police qu'elle avait vu deux hommes noirs "s'éloigner en courant" du lieu des événements.
Au moins cinq témoins de cinq points de vue différents avaient dit à la police qu'ils avaient vu le tireur s'enfuir en courant! Et pourtant au procès de 1982, seul Hightower maintint sa vraie version originale de ce qu'il avait vu, malgré les tentatives des flics de l'intimider. Hightower était également le seul témoin soumis au test du détecteur de mensonges par les policiers, et ceux-ci ont ensuite prétendu à tort que Hightower avait échoué au test. Deborah Kordansky n'est pas allée à la barre en 1982 parce que, comme le premier avocat de Mumia en a témoigné aux audiences de 1995, "elle n'aimait pas les Noirs" et "ne voulait pas aider la défense". A ces audiences de 1995, Kordansky a reconnu la véracité de ces affirmations, et a reconnu qu'elle avait dit à la police qu'elle avait vu le tireur s'enfuir. Chobert, un criminel qui était plus que sujet aux manipulations policières, changea sa version des faits. Singletary dut faire, sous la pression, une fausse déposition, tout comme Veronica Jones.
En 1996, Jones vint courageusement présenter sa vraie version à une audience d'appel dans le cas de Jamal qui était ordonnée par la Cour suprême de Pennsylvanie. Là, Jones témoigna du fait que quelques jours à peine avant de devoir témoigner au procès de Jamal en 1982, elle reçut une visite en prison - où elle était inculpée pour port d'arme prohibé - par des détectives de la police de Philadelphie qui la menacèrent en lui demandant de se rétracter de son témoignage. Jones fut ensuite mise en liberté surveillée pour des inculpations qui pouvaient lui valoir jusqu'à 15 ans de prison. Elle témoigna à l'audience de 1996: "Je devais dire que M. Jamal était celui qui avait tiré". Jones refusa de le faire, mais au procès de 1982 elle se rétracta de sa vraie déposition, qui disait qu'elle avait vu deux tireurs s'enfuir des lieux.
Mais le procès truqué de Jamal ne s'arrête pas aux pressions exercées par la police et la manipulation des témoins. Une preuve physique démontrant qu'un autre homme - autre que Billy Cook, Jamal ou Faulkner - était sur la scène de la fusillade a été dissimulée par la police et l'accusation pendant plus de 13 ans. A l'audience de 1995, il fut révélé que la police avait trouvé un permis de conduire appartenant à une troisième personne dans une poche de l'uniforme de Faulkner, dans la nuit du meurtre. Le permis était au nom de Arnold Howard. A cette audience, Howard témoigna que lui et deux autres hommes noirs avaient été arrêtés dans la nuit du meurtre en tant que suspects dans l'assassinat de Faulkner. Howard a aussi affirmé que la police avait soumis leurs mains au test des nitrates - pour voir s'ils avaient tiré un coup de feu - un test qu'ils prétendent n'avoir jamais fait sur Jamal!
Malgré l'alibi en béton de Howard, il fut retenu pendant 72 heures puis relâché. Mais, ainsi qu'il a témoigné au tribunal en 1995, il avait dit à la police le nom de l'homme à qui il avait prêté son permis - Ken Freeman. Freeman, un ami de Billy Cook qui tenait une boutique avec lui dans le centre de Philadelphie, fut aussi arrêté cette nuit-là. Selon le témoignage de Howard, la police avait dit à Freeman qu'il avait été reconnu lors d'une identification par un témoin féminin. Freeman est mort mystérieusement d'une crise cardiaque à l'âge de 34 ans en mai 1985, dans la nuit qui a suivi le bombardement sanglant par la police de la communauté MOVE à Philadelphie, qui tua onze hommes, femmes et enfants noirs et détruit un quartier noir entier.
En 1995, la défense essaya de présenter Billy Cook, qui n'avait jamais été appelé à témoigner au procès de Jamal. Dans une déclaration écrite et sous serment soumise au juge Sabo, l'avocate de la défense Rachel Wolkenstein a déclaré que Cook témoignerait du fait qu'il conduisait un passager dans sa voiture cette nuit-là et que son passager avait tué Faulkner. Cook, qui craignait d'être arrêté ou tué par les flics de Philadelphie s'il fournissait un témoignage défendant son frère, n'apparut pas au tribunal parce que Sabo refusa de lui fournir quelque protection que ce soit contre une arrestation en raison de mandats d'amener antérieurs. A la suite de cela Cook disparut.
Alors qu'ils intimidaient les témoins qui pouvaient démontrer l'innocence de Jamal, les flics fournirent une ample protection au témoin-clé de l'accusation, Cynthia White, après avoir fait pression sur elle pour qu'elle fournisse un faux témoignage. White, une prostituée, était le seul témoin à prétendre avoir vu Jamal avec un pistolet dans la main. Pourtant aucun autre témoin qui était sur les lieux ne peut se rappeler y avoir vu White. A une audience en appel du procès de Jamal en 1997, une autre prostituée et amie de White, Pamela Jenkins, a témoigné que peu après la fusillade, White lui avait confié que "la police lui faisait craindre pour sa vie" et que la police "essayait de lui faire dire quelque chose à propos de la fusillade". White fut autorisée à faire le trottoir pendant des années sans être aucunement harcelée par la police. En 1987, alors que White allait être jugée pour des forfaits, le détective de la brigade criminelle Douglas Culbreth intervint pour témoigner qu'elle devrait être relâchée sans caution. Elle fut libérée et ne se montra plus jamais au tribunal.
Jenkins, qui fut une informatrice-clé du gouvernement lors
d'une enquête sur la corruption au sein de la police en 1995
dans le 39e district de Philadelphie, a également
témoigné que White était une indicatrice de la
police. L'utilisation d'indics par la police pour piéger des
personnes innocentes, particulièrement celles qui sont la
cible du gouvernement et des flics, est un procédé
habituel. En 1997, Geronimo ji Jaga (Pratt) - qui comme Jamal est un
ancien dirigeant du Black Panther Party - fut finalement
libéré après 27 ans de prison avec la preuve que
le témoin principal de l'accusation contre lui était un
informateur du gouvernement. Ce fait essentiel démontrant la
partialité de ce témoin en faveur de la police ne fut
pas révélé à la défense pendant le
procès de Geronimo. Dans le procès de Jamal,
l'accusation a maintenant fait disparaître White de
façon commode, prétendant qu'elle est morte, sans
même fournir les empreintes digitales qui prouveraient que le
cadavre dont ils disent que c'est celui de White est en fait bien le
sien.
Un autre pilier central du dossier de l'accusation qui fut repris dans la publicité du FOP pour la mort de Jamal dans le New York Times, est le prétendu fait que Jamal avait avoué sa culpabilité dans la nuit de la fusillade, après qu'il avait été blessé grièvement et ensuite presque battu à mort par les flics. Le compte-rendu de ces prétendus "aveux" ne fut même pas rapporté pendant plus de deux mois après la fusillade. Le rapport original et officiel de la police fait par l'officier Gary Wakshul, qui fut constamment à côté de Jamal depuis son arrestation jusqu'à la prise en charge médicale, déclara que "pendant ce temps-là, le Noir n'a prononcé aucune parole". Wakshul, dont l'accusation prétendit qu'il n'était pas disponible pour témoigner lors du procès de 1982, fut cité à comparaître par la défense à l'audience de 1995. Quand il fut interrogé à propos de la contradiction flagrante entre son premier rapport et sa déclaration ultérieure affirmant que Jamal avait avoué, Wakshul prétendit de façon incroyable qu'il n'avait pas mesuré l'"importance" du soi-disant aveu de Jamal jusqu'à une réunion "de table ronde" organisée par le bureau du procureur de la République afin d'orchestrer les témoignages des flics. Lors de cette réunion le procureur McGill demanda avec sollicitude aux policiers "de lever la main s'ils avaient entendu" Jamal avouer, et Wakshul leva la main.
C'était la première fois que la réunion des
flics avec le procureur était rendue publique. Wakshul
démentit également l'argument de l'accusation qui
affirmait qu'il n'avait pas été disponible pour
témoigner au procès de 1982. En 1995, Wakshul reconnut
que pendant qu'il était officiellement en vacances pendant le
procès de 1982, il était en fait chez lui à
Philadelphie, à attendre que l'accusation l'appelle pour
témoigner.
Pendant les dernières 16 années, l'accusation a effrontément prétendu que le pistolet de calibre 38 que Jamal détenait légalement était l'arme du crime. A l'époque de la fusillade, le rapport du médecin légiste établit précisément que Faulkner avait été "tué avec un calibre 44". Le propre expert de l'accusation admit que ni la balle extraite du crâne de Faulkner, ni celle retrouvée sur les lieux ne correspondait au pistolet de Jamal. En outre, une douille de cuivre trouvée sur les lieux n'aurait pu provenir ni du pistolet de Jamal ni de celui de Faulkner - preuve qui montre encore que celui qui a tiré était un troisième homme qui s'était enfui.
Des rapports montrent également que le médecin légiste avait extrait deux morceaux de plomb de la blessure à la tête de Faulkner. Alors que le légiste avait mesuré les deux fragments et avait fait figurer ces informations dans son rapport d'autopsie, un des fragments de balle disparut mystérieusement. Un seul fut reçu et examiné par le laboratoire de la police. Personne dans l'accusation ne peut expliquer ce qui est arrivé au fragment manquant, et ils ne peuvent pas non plus nier l'impact significatif qu'aurait eu ce deuxième fragment sur la détermination du calibre de la balle. Mais le plus accablant dans tout cela, c'est qu'il n'y a aucune preuve que le pistolet de Jamal ait tiré de coup de feu cette nuit-là, encore moins par Jamal!
A l'audience de 1995, un expert en armes à feu qui était lui-même un ancien instructeur de police de Philadelphie et ancien chef de leur laboratoire d'analyses criminelles témoigna qu'il avait trouvé incroyable que la police n'ait pas mené un seul des tests habituels pratiqués pour savoir si Jamal avait tiré récemment avec son pistolet. Considérant la solidarité étroite de gang qui unit la police, il est d'autant plus incroyable qu'ils n'aient pas effectué ces tests pour poursuivre le tueur de l'un des leurs. Ou peut-être l'ont-ils fait et ont-ils brûlé par la suite les résultats qui démontraient l'innocence de Jamal.
Un autre nouveau témoin oculaire, Marcus Cannon, qui
remontait la rue au moment du meurtre, vit deux hommes blancs qui
semblaient pris dans une scène de rue entrer en action,
pistolet au poing, et courir vers la scène du crime. Pamela
Jenkins a également témoigné qu'il y avait
plusieurs agents de police présents au moment de la fusillade.
Et malgré cela, la présence de ces flics ou la
substance de ce qu'ils virent n'ont jamais été
révélées par l'accusation à la
défense.
La flagrante machination contre Mumia Abu-Jamal jette une lumière crue sur la véritable nature de l'Etat capitaliste, machine de répression et de violence qui défend la riche minorité de propriétaires qui dirige cette société contre tous les exploités et les dépossédés. Le juge Albert Sabo - connu comme le "roi du couloir de la mort" pour avoir rendu plus de condamnations à mort que tout autre juge en fonction aux Etats-Unis - a présidé toutes les audiences d'appel, tout comme il a présidé le procès de Jamal de 1982. Sa partialité en faveur de l'accusation était si flagrante que même le Philadelphia Daily News (2 octobre 1996), qui sert d'habitude de porte-voix aux flics racistes de Philadelphie, s'est plaint que "les tactiques grossières [du juge Sabo] ne peuvent que confirmer les soupçons que le tribunal est incapable de faire un procès équitable à Abu-Jamal".
Lors de l'audience de 1995, Sabo nia les découvertes faites par la défense de Jamal, refusa plus de 25 citations à comparaître présentées par la défense, et rejeta la présentation de toute nouvelle preuve concernant plusieurs réclamations de la défense. Quand Rachel Wolkenstein objecta au rejet de toutes preuves concernant les préjugés raciaux dans l'application de la peine de mort à Philadelphie, Sabo ordonna qu'elle soit menottée et jetée en prison. Une semaine plus tard, Leonard Weinglass reçut une amende de 1000 dollars pour avoir mis "trop de temps" à remettre des clichés d'autopsie. "Expliquant" ces tentatives flagrantes d'intimidation, Sabo dit à la défense, "Maître, la justice n'est qu'un sentiment émotionnel". Un an plus tard, quand Veronica Jones se présenta pour donner sa vraie version de ce dont elle avait été témoin sur les lieux du meurtre de Faulkner en 1981, elle fut arrêtée à la barre sur la base d'un mandat d'arrêt lancé plus de deux ans auparavant dans le New Jersey!
A chaque session des audiences de 1995, une garde prétorienne de flics armés de Philadelphie organisée par le FOP occupait un côté de la salle d'audience. De l'autre côté, se trouvaient la famille de Jamal et ses partisans, qui étaient soumis à une fouille au détecteur de métal et harcelés par les gardes du tribunal. A l'extérieur de la salle d'audience en juillet 1995, le local 1199C du syndicat des hôpitaux et de la santé de Philadelphie fut assiégé par 300 flics portant des pistolets, pour avoir osé louer sa salle pour une action destinée à recueillir des fonds pour Jamal.
Bien que loin d'être quelque chose de spécifique à Philadelphie, les pressions, les intimidations et la terreur pratiquées par les forces de police de Philadelphie sont notoires. En 1979, le procureur général des Etats-Unis intenta un procès de droits civiques contre la ville de Philadelphie et son département de police, les accusant d'un ensemble de persécutions qui ressemblent aux pratiques policières dans l'Afrique du Sud de l'apartheid. Le procès citait des "mauvais traitements physiques très répandus, arbitraires et déraisonnables", y compris le fait de "tirer sur des suspects prenant la fuite, qui n'étaient ni dangereux, ni violents" ou "sur des suspects qui se sont rendus", ou "sur des suspects qui font des gestes ou des commentaires pendant qu'ils se rendent" et le fait de "maltraiter physiquement les témoins (y compris les victimes) de fusillades afin de les dissuader de contredire la justification de la fusillade poussée par la brigade criminelle."
Au beau milieu des audiences en appel du PCRA de Jamal en 1995, Philadelphie fut encore secoué par de nouvelles révélations sur la corruption de la police, sa brutalité et ses machinations contre des victimes innocentes. Dans un cas, ils piégèrent une grand-mère noire de 53 ans, Betty Patterson, pour trafic de crack et de cocaïne. Les "preuves" étaient de la drogue mise dans la maison de Patterson par des flics tentant d'impliquer ses fils dans une affaire de meurtre. Patterson resta trois ans en prison! En 1996, elle gagna un million de dollars lors d'un procès contre la ville de Philadelphie. Depuis le début de ce qui s'appelle maintenant le scandale du 39e département de police, 300 condamnations ont été annulées et un grand nombre de victimes innocentes de cette machine à coups montés ont été libérées de prison.
Juste après le scandale des flics corrompus vinrent les révélations d'une pratique courante de trucage raciste des jurys. La dernière révélation est venue tout droit du premier concerné: le procureur de la ville de Philadelphie, Lynne Abraham. Celle-ci, dans le cadre d'un stratagème électoral transparent contre son rival, a diffusé une cassette vidéo "d'entraînement" datant de dix ans, montrant un assistant au procureur donnant un cours d'une heure - imprégné du racisme le plus crû - expliquant aux nouveaux procureurs 1'"art" de truquer des jurys, en particulier pour en exclure les Noirs. Alors que cette cassette vidéo d'entraînement causa une certaine sensation, ce qu'elle révélait n'était que les simples procédés habituels. Dans le procès de Jamal en 1982, onze Noirs furent exclus du jury. Ceux qui furent autorisés à être membres du jury remplissaient les critères racistes exposés dans la vidéo du procureur: des Noirs du Sud profond, où, d'après le procureur, la "manière différente de vivre" - c'est-à-dire, l'héritage du racisme virulent institutionnalisé - inculquerait du "respect" pour l'autorité de la police. La Cour suprême de Pennsylvanie a refusé à la défense de Jamal d'inclure cette preuve flagrante du truquage du jury dans son dossier d'appel.
Le fil conducteur dans la machination contre Mumia Abu-Jamal va
des flics, en passant par le bureau du procureur, jusqu'au gouverneur
de Pennsylvanie, Tom Ridge. Juste avant que Jamal ne remplisse son
dossier d'appel en 1995, l'administration pénitentiaire ouvrit
et fit des copies de la correspondance confidentielle entre Jamal et
ses avocats. Les copies furent envoyées à Tom Ridge,
qui signa un ordre d'exécution trois jours avant que les
avocats de Jamal ne soumettent leurs documents légaux
demandant l'annulation de sa condamnation. Fin 1996, un juge
fédéral à Pittsburgh rendit un verdict
déclarant que l'Etat avait violé les droits
fondamentaux de Jamal. Cette décision - la première et
unique reconnaissance par un juge que les droits de Jamal avaient
été violés par l'Etat - est maintenant
portée en appel.
Le cas de Mumia Abu-Jamal met en lumière la peine de mort raciste, barbare, aux Etats-Unis. Forme de terreur d'Etat institutionnalisée, la peine de mort vient directement du système d'esclavage des Noirs codifié dans l'arrêt "Dred Scott" rendu par la Cour suprême qui stipulait que les Noirs "n'ont aucun droit que l'homme blanc soit tenu de respecter". La peine de mort, c'est le lynchage légalisé. Aujourd'hui, ses victimes sont dans leur immense majorité des Noirs et des Hispaniques, dont la vie n'a aucune valeur pour la bourgeoisie. L'importance capitale de la peine de mort pour la machine de répression de l'Etat fut décrite sèchement dans la réponse du procureur à la demande de Mumia d'un sursis à son exécution, pendant son audience de 1995: "La peine de mort [...] est l'exercice le plus haut de l'autorité de l'Etat; et elle ne doit pas être contestée à la légère." Révélant le mépris raciste complet de l'Etat pour la vie de Mumia Abu-Jamal, il affirmait de façon grotesque que "l'exécution d'une condamnation à mort valable ne peut constituer un préjudice irréparable justifiant la demande d'an sursis"!
Après avoir gagné un sursis en 1995, Jamal avertit du danger que cela serait utilisé pour dissiper et désamorcer les mobilisations qui avaient retenu la main du bourreau. Dans sa chronique intitulée "The Stay" (le sursis), il écrivait:
L'Etat de Pennsylvanie a toujours l'intention de me tuer - mais pas immédiatement...
Bien que beaucoup de militants et de personnes de progrès aient exprimé leur joie à la nouvelle du sursis, d'autres analystes politiques y ont vu une action intelligente d'un juge intelligent qui a fait ce que des échelons plus élevés de la justice auraient fait et, en agissant ainsi, a essayé d'émousser le tranchant du mouvement croissant et combatif contre la peine de mort, à Philadelphie et au-delà, désamorçant par là une série de manifestations qui avaient été prévues.
Quelle que soit la raison, utilisons ce temps précieux pour construire un mouvement plus fort et plus large, non pas pour "repousser" une exécution, mais pour les empêcher toutes! A bas la peine de mort raciste aux Etats-Unis!"
Beaucoup essaient de mobiliser pour exiger "un procès
équitable" pour Jamal. Mais une chose est sûre, le cas
de Mumia Abu-Jamal - depuis le procès de 1982 jusqu'aux
audiences d'appel ultérieures - démontre clairement
qu'il n'y a pas de justice dans les tribunaux bourgeois. Alors que
les avocats de Jamal luttent pour utiliser toutes les armes
légales qu'ils peuvent trouver pour le défendre, ce qui
est désespérément nécessaire aujourd'hui,
ce sont des mobilisations de masse s'appuyant sur la puissance de la
classe ouvrière multiraciale. En faisant sien le combat pour
la liberté de Jamal, la classe ouvrière assénera
un coup au système entier basé sur l'exploitation
brutale du travail, et qui prend ses racines dans la
répression raciste de la population noire. Et en faisant cela
elle prendra le chemin qui mène à l'émancipation
de tous les travailleurs et de tous les opprimés par une
révolution socialiste victorieuse qui brisera les
chaînes de l'exploitation et de la dégradation
capitalistes.